Histoire

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Planche gravée du XVIIe s. représentant l’abbaye Saint-Sauveur d’Aniane dans le livre Monasticon Gallicanum, Dom GermainBibliothèque nationale de France, via Wikimedia Commons

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Dans la cour du cloître de l’abbaye des XVII-XVIIIe s., les archéologues ont retrouvé les traces de l’ancien monastère carolingien et médiéval, cliché CNRS, L.Schneider / Pays Cœur d’Hérault

L’abbaye d’Aniane est fondée en 782 par le futur saint Benoît d’Aniane. A l’époque médiévale, celle-ci était très prospère et richement dotée. Son domaine était vaste et englobait dans son enceinte tout le bourg monastique. Centre majeur de diffusion de la Réforme de Saint-Benoît, rien ne laissait présager  son déclin au XIVe siècle, avec la guerre de Cent-ans, et sa décadence totale pendant les guerres de Religion. Suite aux aléas de l’histoire, il ne reste apparemment plus de trace de l’abbaye carolingienne. Les abbés d’Aniane étaient des abbés élus par la communauté jusqu’à Antoine de Narbonne (1516-1543). A partir de Jean III du Bellay (1543-1546) les abbés sont des abbés commendataires. C’est sous l’abbé Jean IV de Saint-Chamont (1558-1566/1568) qui dirigeait l’abbaye que les bâtiments monastiques sont complètement ruinés entre 1561 et 1572. C’est suite à l’Edit de Nantes et la nomination de l’abbé Louis du Caylar d’ Espondeilhan, que le calme revint peu à peu. Avec lui, les religieux adhèrent en 1633 à la Réforme de la congrégation des bénédictins de Saint-Maur[1], tandis que le monastère est reconstruit au XVIIe siècle.

Le premier projet de reconstruction rejette un vaste cloître très à l’Est, ce qui s’explique peut-être par la présence d’une zone de vestiges anciens qui sont laissés libres, au sud de l’église. Le véritable projet de reconstruction commença en 1679 par l’église et va durer jusqu’en 1714. Après, la  réalisation de cette nouvelle église, au nord, s’en suit la reconstruction du grand bâtiment ouest et du cloître. Les travaux se poursuivent jusqu’à la Révolution. Des parties importantes, notamment le logis abbatial, décoré dans un style Louis XVI archaïsant, sont préservées. Suite à la Révolution et la confiscation des biens du clergé, l’église devient paroissiale tandis que les anciens bâtiments conventuels sont transformés, en 1810, en filature de coton.

 

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Cour d’honneur de l’abbaye d’Aniane, Dournon Julie_Office de Tourisme Intercommunal_Saint-Guilhem-le-désert_Vallée de l’Hérault

En 1845, l’administration pénitentiaire regroupe les propriétés morcelées de l’ancien enclos abbatial pour créer une maison centrale de détention. Ainsi, deux ailes parallèles encadrant une longue cour sont ajoutées à l’Est. Plus tard, en 1951, de nouvelles extensions seront réalisées.

En 1885, la prison ferme ses portes pour laisser place à une colonie pénitentiaire industrielle vouée au « redressement » de jeunes délinquants.

Entre 1891 et 1941, la colonie accueille en moyenne 250 jeunes détenus, et en 1953, elle devient un Institut Public d’Education Surveillée (IPES). Il faudra attendre le milieu des années 1960 pour que de véritables éducateurs encadrent les jeunes et pour qu’un suivi psychologique soit assuré. En 2004, l’abbaye d’Aniane est classée à l’Inventaire des Monuments Historiques et en 2007, l’Etat fait connaître sa volonté de vendre le domaine de l’abbaye d’Aniane.

C’est en 2010  que la Communauté de Communes de la Vallée de l’Hérault devient la propriétaire. Elle crée un projet de préservation et de valorisation culturelle de l’ensemble abbatial d’Aniane, dans le cadre du Grand Site «Saint-Guilhem-le-Désert  / Gorges de l’Hérault ».

Description 

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Façade de l’église abbatiale, par Vpe, via Wikimedia Commons

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Eglise abbatiale Saint-Sauveur d’Aniane, Piquart Benoit_Office de Tourisme Intercommunal de Saint-Guilhem-le-désert_Vallée de l’Hérault

La congrégation de Saint-Maur, dont l’esprit de Réforme s’inscrit dans le renouveau religieux du XVIIe siècle, avait ses propres tracteurs de plan et ses architectes. Pour l’abbaye d’Aniane, il se peut que ce soit les frères Plouvier qui ont dessiné l’un des trois projets de reconstruction. Ce serait un de leurs plans de 1661 qui fut approuvé par Benoist Brachet, supérieur général de la congrégation. Ces projets de travaux se répartissaient dans tout le royaume. Obéissant aux normes architecturales de l’époque, il n’est pas étonnant de rencontrer une similitude d’allure entre l’abbaye Saint-Benoît d’Aniane et les autres monastères qui furent restaurés par les soins de la congrégation. Le nouvel édifice religieux, entouré des bâtiments conventuels, est caractéristique de l’architecture classique du XVIIe siècle. Son plan est un quadrilatère qui entoure la cour du cloître et deux ailes de bâtiments orientés à l’est qui bordent de part et d’autre une belle façade du XVIIIe siècle donnant sur la cour d’honneur.

Attenant au monastère, on trouve, l’église abbatiale Saint-Sauveur qui  présente un bel exemple du Baroque français. Majestueuse et opulente, les deux volutes de raccordement rappellent la façade de la célèbre église de San Jésus à Rome. Elle est rythmée par huit colonnes superposées et jumelées qui soutiennent un fronton ayant en son centre un Christ en majesté. Entre les colonnes géminées, on aperçoit les statues des apôtres Pierre et Paul, saints patrons du diocèse de Maguelone puis de Montpellier.

Son plan est caractéristique des églises de la Contre-réforme, où une large nef rectangulaire, pourvue de chapelles latérales, sert à rassembler davantage de fidèles. La nef possède sept travées dont une est surmontée d’une coupole. Son transept est à peine saillant et le chœur se réduit à une simple abside. L’ensemble de l’édifice est voûté en berceau, soutenu par de larges piliers cruciformes. Comme c’était d’usage à l’époque, l’édifice est somptueusement paré. Son allure est imposante où une succession d’arcades supporte une corniche ornée d’une frise de style corinthien. Sur la première clé de voûte près du chœur, on voit l’emblème de la congrégation de Saint-Maur[2]. Malgré l’ajout du retable et de l’autel de la Vierge du XIXe siècle, l’intérieur de l’église présente une grande unité de style. La profusion des angelots ailés qui ornent la corniche, la coupole et le tabernacle peut rappeler l’âme des nouveaux nés massacrés sous Hérode, après la naissance du Christ. Le maître-autel polychrome où dominent les marbres du Languedoc est surmonté d’un tabernacle fermé par une porte en bois doré, où est sculpté un pélican nourrissant ses petits qui symbolise la grâce divine.

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Intérieur de l’église abbatiale, par Havang(nl), via Wikimedia Commons 

De part et d’autre du maître-autel, deux cathèdres du XVIe siècle proviennent du mobilier de l’ancienne paroisse Saint-Jean-Baptiste. Ces deux sièges sculptés sont ornés de personnages dont l’attitude paraît plus proche de l’univers rabelaisien que de la sérénité évangélique. Sur le dossier de l’une de ces très belles pièces d’ébénisterie, on peut découvrir une savante perspective en trompe-l’œil. Enfin, l’une des pièces les plus remarquables de l’édifice est le buffet d’orgue, construit sur une tribune qui annonce le raffinement du style Louis XV.

La monumentalité des formes et l’harmonie des proportions est particulièrement visible dans le cloître de l’abbaye, où rigueur et unité sont les maîtres-mots du langage architectural français du XVIIe siècle. Cet ensemble monastique mauriste des XVIIe et XVIIIe siècles est unique en Languedoc. Malgré ses vicissitudes, l’abbaye d’Aniane reste un des rares exemples complets conservés qui représente l’architecture monastique de cette période.

[1] : La congrégation de Saint-Maur, souvent connue sous le nom de Mauristes, était une congrégation de moines bénédictins français, créée en 1621 et connue pour le haut niveau de son érudition. La congrégation et ses membres tirent leur nom de saint Maur (décédé en 565), disciple de saint Benoît auquel on attribue l’introduction en Gaule de la règle et de la vie bénédictines. Elle a été supprimée en 1790 par l’Assemblée constituante.

[2] : L’emblème de la congrégation de Saint-Maur est la couronne d’épines entourant trois clous de la passion ainsi que la devise « Pax », surmontée d’une fleur de lys pour bien souligner le caractère gallican des constitutions de la congrégation.

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