Histoire

Au IXe siècle, les textes mentionnent déjà une église Saint-Jean-Baptiste attenante au cimetière.  Ainsi, dans sa biographie de saint Benoît d’Aniane, Smaragde[1], devenu saint Ardon, évoque une église distincte de l’abbatiale : «Quant à celle qui a été bâtie dans le cimetière, elle est dédiée à saint Jean-Baptiste qui, parmi les enfants des femmes, est le plus grand comme l’ont attesté les divins oracles». Cependant, ce n’est qu’en 1114 que cette église est citée dans le Cartulaire d’Aniane. La question est de savoir s’il s’agit de cette même église dans laquelle les habitants d’Aniane accomplissaient leurs dévotions et recevaient les sacrements. L’emplacement de l’église Saint-Jean-Baptiste ne peut être que de l’une des chapelles secondaires qui pouvaient exister sur le territoire de la commune. Il y a tout lieu de penser que l’église Saint-Jean-Baptiste fut édifiée sur l’emplacement d’une église carolingienne, qui fut remplacée par un nouvel édifice à l’époque romane. La suite de son histoire est liée aux guerres de Religion qui sévissaient au XVIe siècle. L’abbaye de Saint-Benoît  et l’église de Saint-Jean-Baptiste sont détruites lors d’une incursion protestante conduite par Jacques de Crussol, qui délégua à son lieutenant le baron d’Ambres de Voisins de mettre la ville à feu et à sang.

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Piquart Benoit_Office de Tourisme Intercommunal Saint-Guilhem-le-Désert/Vallée de l’Hérault

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Par Peter Potrowl, via Wikimedia Commons

Ainsi, on trouve une partie du mur ouest, dans lequel, en hauteur, est percée une petite fenêtre axiale. On trouve également dans une partie du mur sud-ouest, sur une longueur d’une dizaine de mètres, une porte romane murée, et quelques mètres du mur nord médiéval. Les études sur le monument ont prouvé que cette construction médiévale avait 13,40 m de largeur et 11,50 m à l’intérieur. En revanche, on ignore sa longueur totale, les caractères de son chœur et l’existence de bas-côté.Ainsi, l’église paroissiale fut presque totalement détruite, à partir de 1562-1563. La période suivante est trouble du fait de la conversion au protestantisme de l’abbé Jean IV de Saint-Chamont[2]. La reconstruction est engagée à partir des dernières années du XVIe siècle et achevée en 1600. Le chantier s’est donc déroulé rapidement de façon à ce que les paroissiens puissent à nouveau disposer d’une église qui leur soit propre. Des actes notariés de Maîtres Beaulaguet et Gailhac, découverts par l’abbé Léon Cassan, nous donnent des informations. On sait par ces documents que des travaux avaient été confiés en 1600 à Jean Calvin, maître maçon de Pézenas et que le solde du paiement a eu lieu en août 1601. La reconstruction est aussi attestée grâce à une inscription en  hauteur sur le premier pilier droit du chœur, qui nous dit qu’en 1597 le chœur et le clocher sont commencés. Sur  la clé de voûte de la deuxième travée, on a également le nom des trois consuls datés: « I. Mazet, E. Frezou, E. Garonne Consulz 1600 »  et sur une autre, on trouve les armoiries de l’abbé Louis du Caylar d’ Espondeilhan[3]. D’autres clés portent des compas, des équerres, des feuillages ou des croix. Si l’explication des inscriptions sur trois des clés de la nef ne pose pas de problème, il n’en est pas de même de celle de la première travée qui présente quatre cavités circulaires avec, au fond, un trou de fixation. Il semblerait que ces quatre compartiments puissent contenir, chacun, une représentation des quatre évangélistes sous leurs traits humains : une iconographie courante à l’époque, comme on peut le voir sur un manuscrit médiéval d’Avignon du XIIe siècle. Cette représentation permet surtout de voir que la nouvelle église conserva quelques parties de l’époque romane.

Établie sur les bases médiévales, la nouvelle église est voûtée en croisée d’ogives et agrandie au nord par trois chapelles (surmontées de pièces murées) et, au sud, d’un bas-côté, séparé de la nef par de grosses piles rondes.

En 1792, l’ancienne abbatiale Saint-Sauveur devient église paroissiale et, en 1806, l’église Saint-Jean-Baptiste devient la chapelle des Pénitents Blancs. Suite à la disparition de la congrégation, l’église est désaffectée en 1950 pour devenir un entrepôt municipal. La chapelle des Pénitents blancs est de nos jours un foyer culturel de la commune où se déroulent des expositions et des concerts.

Description

L’église Saint-Jean-Baptiste s’ouvre sur une nef de 11 m de hauteur en moyenne qui est voûtée sur croisée d’ogives avec des clés de voûte sculptées. Au nord, se trouvent trois chapelles (de l’est à l’ouest : Saint- Antoine, des Rois, de Saint-Blaise) surmontées d’une tribune continue. Elles étaient le siège de confréries avec aussi, au sud, celle du Rosaire et celles des Tuiliers avec un autel dédié à Saint-Roch. Au sud, un bas-côté de 3,10 m de largeur se divise par trois piliers de grands diamètres (1,24 m), qui supportent également une tribune. L’originalité de l’édifice réside dans le chevet et plus particulièrement dans le voûtement du chœur. Celui-ci est à sept pans et est couvert d’une voûte nervurée qui prend naissance à partir d’une rosace, incluse dans une clé annulaire. Ces éléments architecturaux avec un lierne et deux tiercerons sont caractéristiques du gothique tardif, encore en usage dans la région vers 1600. Les baies lancéolées à remplage qui éclairent l’édifice et la rosace à l’ouest sont également des avatars du gothique. Accolée au nord-est du chœur, s’élève une haute et massive tour-clocher. Cette dernière sert d’horloge et possède à l’intérieur des salles voûtées d’ogives. La porte monumentale créée par l’architecte André Henry vers 1780, située au sud du chevet, s’ouvre sur un vestibule accolé au sud-est de l’église. De style classique Louis XVI, sa modénature et sa sculpture (volutes des pilastres ioniques, putti et nuages au tympan, …) sont de qualité. Le porche monumental d’entrée fut classé à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1950.  En ce qui concerne le mobilier de l’église, on sait qu’au XVIIe siècle, le chœur fut orné d’un grand retable (disparu aujourd’hui) et contenait un banc pour le clergé au nord et un autre, au sud, pour le viguier et les consuls.


[1]
 : Smaragde, dit saint Ardon, fut moine de l’abbaye d’Aniane sous le premier abbé, saint Benoît d’Aniane. Il fut directeur de l’école abbatiale, compagnon de voyage de saint Benoît et connut ainsi Charlemagne. Il succéda à son Père-Abbé lorsque ce dernier se fixa à Aix-la-Chapelle.La lecture de cette architecture révèle les vicissitudes de la commune d’Aniane et sa volonté, malgré les destructions des guerres de Religion, de continuer à disposer, au même lieu, d’une église paroissiale pour ses habitants, distincte de l’abbatiale. La chapelle des Pénitents blanc fait partie des édifices incontournables de la commune. Pour sa richesse architecturale, la totalité de l’édifice a été inscrite au titre de Monuments Historiques en 2010.

[2] : L’abbé Jean IV de Saint-Chamont (1558-1566/1568) dirigeait l’abbaye lorsque les protestants s’en emparèrent le 25 avril 1562, avant de se convertir lui-même au protestantisme

[3] : Les armoiries des du Caylar d’Espondeilhan sont « d’or à trois bandes de gueules, au chef d’or chargé d’un lion naissant de sable, armé et lampassé de gueules, et une fasce divise cousue d’or, chargée de trois trèfles de sable » (Armorial de 1696).

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