Histoire 

Le site archéologique du Roc de Pampelune fut découvert  dans les années 1965-1966, suite à des saccages clandestins sur le sommet du Roc. La découverte spectaculaire d’une cuve de sarcophage en marbre décorée motiva une première exploration archéologique. Les résultats de la première fouille se soldèrent par l’identification et le dégagement d’un sanctuaire à nef unique terminée par un chevet plat tripartite. Dans les années 1980, de nouvelles prospections sur le site relevèrent que l’église n’était pas la seule construction établie sur le Roc. Un rempart, de nombreux édifices en pierre associés à des enclos et à du mobilier  rattaché aux Ve et VIe siècles, ont été  identifiés.

Les deux campagnes de fouilles conduites depuis l’année 2000, conjuguées à d’importants travaux de déboisement et d’épierrement, portent actuellement les surfaces explorées à près de 0,25 ha de superficie, soit environ 10% de la surface totale du site. C’est encore bien peu pour apprécier la physionomie générale de ce qui semble être une agglomération, mais déjà quelques pistes semblent pouvoir être dégagées.

Si le repérage de nombreux espaces ouverts, cours et enclos, nous éloigne à priori d’un contexte véritablement urbain, l’orientation des constructions semble néanmoins montrer la réalité d’au moins deux grandes trames organisatrices. Dans la partie basse du plateau, soit dans le tiers nord oriental de l’enceinte, trois bâtiments distincts, séparés les uns des autres par 80 à 100m de distance, sont parfaitement isoclines, ce qui suggère à cette échelle l’existence d’un schéma directeur d’aménagement.

 

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Vestiges d’habitation du Roc de Pampelune, Piquart Benoit_Office de Tourisme Intercommunal de Saint-Guilhem-le-désert_Vallée de l’Hérault

Dans la zone occidentale du site, partie haute de l’éperon culminant à 188m, où a été nichée une église, une autre trame commandée cette fois-ci par l’orientation du sanctuaire, est également perceptible. La jonction entre les deux systèmes repérés s’effectue au centre de l’agglomération à partir d’un espace dégagé qui, dans la topographie actuelle du site, prend l’aspect d’une vaste cour quadrangulaire d’environ 30m de côté. Si les recherches ne sont pas encore avancées de la même manière dans ces deux principaux quartiers, l’impression qui ressort des premières campagnes de fouille est celle d’un habitat peu hiérarchisé, car aussi bien dans la partie basse que dans la partie haute, ce sont d’abord de grands bâtiments rectangulaires, d’un module moyen d’environ 5,50  m de large pour 15 à 16 m de long, qui ont été mis au jour.

Dans les deux quartiers, certains édifices sont par ailleurs dotés d’un étage distribué par un escalier extérieur de façade. Mais cette impression doit aussitôt être corrigée car la répartition de ces bâtiments pourrait obéir à deux logiques complémentaires. Dans la partie basse du site, contre et à proximité du rempart oriental notamment, les constructions paraissent se développer sous la forme d’îlots tandis que dans le tiers occidental de l’agglomération, les bâtiments se déploient autour d’espaces ouverts qui évoquent des cours.

Description

Le site perché du Roc de Pampelune occupe, de la fin du Ve siècle au milieu du VIe siècle, un plateau calcaire dans la garrigue nord montpelliéraine (Hérault, France) sur un peu plus de deux hectares.               À ce jour, l’exploration la plus avancée concerne le quartier haut et le secteur de l’église. Toutefois, la lecture archéologique du site demeure complexe. On ne sait pas encore dans quelle mesure le cas du Roc de Pampelune peut être ou non généralisé, et l’on comprend mieux la nécessité de multiplier ce type de fouilles difficiles, mais un point important semble désormais acquis.

 

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Vestiges de l’ancienne chapelle du Roc de Pampelune, Dufour Patrick_Communauté de Communes Vallée de l’Hérault

Dans la diversité des établissements perchés de la fin de l’Antiquité et du premier Moyen Age, une part d’entre eux relève d’une perspective générale qui nous semble être celle de la transformation des réseaux urbains au cours des Ve et VIIe siècles et de la construction de nouveaux territoires politiques. En définitive, le Roc de Pampelune apparaîtrait pour l’heure comme le chef-lieu de l’une de ces nouvelles circonscriptions administratives de la fin de l’Antiquité, dans cette phase encore méconnue qui consacre localement le démembrement de l’ancien territoire antique de la civitas de Nîmes au profit de nouveaux centres.

L’une des difficultés principales tient à ce curieux paradoxe que ces établissements devenus emblématiques par leur aspect perché ont nourri depuis longtemps en Gaule du Sud une littérature spéculative alors même qu’aucun d’entre eux n’a jamais été exploré méthodiquement (à l’exception récente de Larina dans l’Isère). C’est une nouvelle strate d’habitats groupés qui commence à émerger, nouveau maillon entre les “agglomérations secondaires” antiques et les villages castraux du Moyen Age, dont il reste à évaluer les formes exactes, les équipements et les fonctions. À l’instar de Pampelune ou de Mormellicum, en Languedoc, ou encore de Saint-Blaise et de Constantine, en Provence, on ne peut plus aujourd’hui se satisfaire de l’idée générale qu’il ne s’agirait là que de sites occupés temporairement et d’établissements qui seraient de surcroît dépourvus d’importance politique et administrative propre comme le soulignent encore des manuels récents.

Inventaire des vestiges mis au jour

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Vue générale de l’une des maisons du village du Roc de Pampelune. L’usage de pierre, de mortier et de tuiles s’inscrit encore dans la tradition des constructions antiques, cliché CNRS, L. Schneider_Pays Cœur d’Hérault

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Tour-grenier associée à l’enceinte du Roc de Pampelune datée du VIe s., cliché CNRS, L. Schneider_Pays Cœur d’Hérault

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Panneau central du sarcophage de marbre découvert sur le site à la fin des années 1960. Celui-ci avait été enfoui dans l’angle nord-est de l’église sommitale associée à un baptistère, cliché CNRS, L. Schneider_Pays Cœur d’Hérault

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Amphore africaine (début VIe s.) réutilisée pour une sépulture d’enfant, cliché CNRS, L. Schneider_Pays Cœur d’Hérault 

  • Au niveau de l’église, les mobiliers contenus dans les radiers de construction ou dans les rares lambeaux de sols conservés indiqueraient qu’il s’agit plutôt d’un édifice homogène de la fin du Ve siècle ou du début du VIe siècle. Celui-ci peut être désormais décrit comme un vaisseau à nef unique terminée par un chevet plat quadrangulaire plus étroit, doté de deux annexes latérales dissymétriques. L’un des principaux apports des dernières fouilles entreprises est d’avoir montré que l’édifice était également doté à l’ouest d’une pièce supplémentaire, édifiée dans le prolongement de la nef. La découverte au centre de cette pièce d’un fond de cuve peut être interprétée comme une piscine baptismale dans une configuration qui est maintenant bien attestée en Gaule du sud-est[1]. L’église de Pampelune semble en effet appartenir à cette famille méridionale de sanctuaires où le baptistère placé dans le prolongement du lieu de culte évoque, selon le mot de J. Guyon, « une sorte de standardisation avant la lettre » qui marquerait la prégnance du modèle urbain. L’importance de ce vestige fait qu’il a été classé au titre des Monuments Historiques depuis le 4/08/1978.
  • La fouille complète du lieu de culte et de ses abords a montré finalement la rareté des sépultures car aucun cimetière n’est associé à l’église. Seules trois sépultures d’enfants ont été découvertes. Celles-ci semblent appartenir à un cycle relativement tardif, imputable aux derniers temps de fonctionnement du lieu de culte. Cette hypothèse peut du moins être avancée grâce à la découverte d’un édicule funéraire qui est appuyé à l’extérieur de l’édifice, contre le mur nord de la nef. Ce petit mausolée, abrité par une annexe vraisemblablement couverte, a accueilli une sépulture. Sa couverture primitive remploie une dalle d’un probable chancel sculpté en bas-relief. Le thème traité rappelle l’iconographie du sarcophage de marbre, mais aussi celui d’autres fragments de dalles découvertes en 1967: deux volatiles sont disposés en vis-à-vis d’un cratère d’où émergent des rinceaux de vigne. Les datations par radiocarbone de cette dernière sépulture situent cette ultime phase funéraire autour du milieu du VIIe siècle, soit à un moment où l’agglomération largement déstructurée, est quasi-abandonnée.
  • Dans l’alignement du mur nord de l’annexe septentrionale et dans l’axe de symétrie de l’église, à moins d’un mètre du chevet, se trouve le plus grand bâtiment repéré à ce jour sur le site (3A). Orienté est-ouest, celui-ci atteint, hors œuvre, 20 m de long sur 6,40 m de large. Il comprend côté ouest une pièce carrée, une grande salle centrale et une petite pièce rectangulaire dotée d’un sol en béton de tuileau à l’extrémité ouest. Occupé dans le dernier tiers du Ve et pendant le premier tiers du VIe siècle, ce bâtiment n’a conservé aucun aménagement particulier. On note seulement le faible taux d’amphores retrouvées dans ses décombres, mais aussi la présence d’un petit chapiteau feuillagé en marbre, d’une base de colonne, et de quelques dalles de suspensura dont certaines sont d’ailleurs réutilisées dans les maçonneries. Enfin, on peut encore signaler la présence d’un contrefort axial disposé contre le petit côté occidental du bâtiment. Des constructions annexes détruites en grande partie par l’érosion avaient également été accolées contre la façade septentrionale. Par ses dimensions et son implantation qui déterminent une composition architecturale avec l’église mais aussi par certains aspects de sa mise en œuvre, on pourrait avoir affaire à un édifice privilégié. Cette construction est en tout cas édifiée sur la même arête rocheuse que l’église et domine sensiblement du côté Est une petite place délimitée à son tour par d’autres bâtiments.
  • À l’ouest, une nouvelle construction rectangulaire, désormais orientée selon un axe nord-sud, rappelle dans sa physionomie générale certains aspects du bâtiment sommital. De plus petite dimension, ce dernier atteint toutefois 18 m de long pour une largeur moyenne hors œuvre de 6 m et comprend une grande pièce en partie excavée côté nord et une plus petite salle au sud. Un escalier extérieur construit côté place, contre la façade occidentale, indique qu’au moins la plus petite des deux pièces était dotée d’un étage. Un grand four culinaire de type collectif est également aménagé, côté place toujours, dans le redan formé par la maçonnerie de l’escalier et le prolongement de la façade du bâtiment. L’incendie de cet édifice, vraisemblablement à la fin du premier tiers du VIe siècle, a favorisé la conservation d’un mobilier varié et peut aider à l’interprétation de sa fonction. La découverte d’une grande quantité de graines carbonisées dans la grande salle excavée, blé dur et orge vêtue, aux côtés de plantes rudérales et adventices qui signalent la présence secondaire de fourrage, montre l’existence de stocks et suggère d’identifier la pièce comme un cellier. La présence d’outils agricoles (faucille), d’une concentration d’amphores et de probables fonds de cuve en béton de tuileau renforce cette perspective. La partie proprement résidentielle pouvait se trouver à l’étage de la plus petite des deux pièces dont le rez-de-chaussée a comporté dans un premier temps une véritable cave creusée dans le rocher.
  • La place est fermée au sud par une série de petites constructions accolées les unes aux autres en formant un modeste îlot d’orientation Est-Ouest. Ces petits édifices désignent plutôt des bâtiments de fonction. L’un d’eux est au moins associé à une activité de métallurgie du fer, artisanat par ailleurs bien attesté sur l’ensemble du site. Ainsi, à l’autre extrémité de l’agglomération, dans l’angle nord-oriental du rempart, une forge du VIe siècle a été mise en évidence.

[1] : Notamment en Provence où les cas de Chateauneuf-de-Grasse (06), Saint-Hermentaire, près de Draguignan ou Saint- Maximin (83) rappellent dans leurs grandes lignes celui du Roc de Pampelune.

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