Histoire 

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Vue générale du château des Guilhem, Micola Luc/Pays Cœur d’Hérault

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Château des Guilhem, Office de Tourisme du Clermontais

La situation géographique du château est stratégique. Du haut de la colline du Puech Castel, il permettait de surveiller la vallée de l’Hérault ainsi que la route de Bédarieux et des hauts cantons. Le château veillait aussi sur le bourg féodal, qui fut d’ailleurs fortifié peu après. Le Clermont du Moyen-âge se situe en effet sur cette colline, au pied du château, mais nous ignorons la date à laquelle apparaît la première construction sur cette hauteur. Il n’y a aucune mention du château de Clermont dans les textes avant le XIIe siècle. Les fouilles ont montré l’existence d’éléments architecturaux antérieurs au XIIe. Malgré le manque de sources historiques concernant le château de Clermont, on connait les grandes lignes de son histoire. Ainsi, en 1242, Béranger II, seigneur de Clermont, resta fidèle au roi pendant la révolte des Albigeois, mais il fut chassé par les habitants de la ville que menaient les trois frères du seigneur qui s’étaient ralliés au comte de Toulouse, Raymond VII. La première moitié du XVe siècle marque l’extinction de la branche directe des Guilhem de Clermont de Lodève et l’apparition de la lignée des Caylus-Castelnau.

Les guerres de Religion au XVIe vont entraîner la fortification de la ville. On recouvrit alors certaines tours d’une coupole pour installer l’artillerie et se protéger des tirs de l’ennemi. On fortifia également l’église Saint-Paul. En 1575, la ville fut attaquée une première fois par le duc de Montmorency. En 1577 le duc de Joyeuse reprit la ville. En 1584, Montmorency assiégea à nouveau  Clermont en juin, qui capitula en décembre. En 1598, Clermont devient place de sûreté pour les protestants jusqu’en 1622.

En 1720, le comté de Clermont fut vendu à Guillaume Castanié d’Auriac. Ce dernier, le dépouilla de ses plus belles pièces pour les réutiliser  dans le village-usine de Villeneuvette dont il était le propriétaire.  Par la suite, le château fut abandonné.

En 1791, la fille de Castanié d’Auriac émigre et le château est saisi comme bien national. Symbole de l’ancienne autorité seigneuriale, il est incendié. Après la révolution, il sert de carrière et perd ses plus belles pièces. Il faudra attendre 1875 et 1887 pour que l’abbé Saumade (curé de la ville de 1871 à 1902) rachète morceau par morceau le monastère de Gorjan et le château de Clermont. En 1880, des  réparations  sont entreprises au château. Le donjon et une partie des remparts sont consolidés  et les voûtes de salles souterraines sont rénovées. La porte principale d’accès côté ville est dégagée des décombres et remise en état. L’abbé Saumade racheta les terrains les plus proches du château afin d’éviter des constructions parasites et réaménagea ses terrasses par la plantation d’amandiers.

Description

On sait que le premier château mesurait 25 mètres de long sur 15 mètres de large et formait un rectangle autour du donjon. Par la suite, il s’agrandit pour aboutir à 45 m sur 25 m, avec une rampe d’accès, côté ville.

D’après le mode de construction, (archères en forme de fentes étroites et simples, aucune arbalétrière et tours assez rapprochées, entre 16 et 24 m), le château serait du XIe et du début du XIIe siècle. En revanche, certaines salles dateraient au XIIIe siècle, d’après quelques modénatures observées sur certains blocs, retrouvés parmi les décombres. Le matériau calcaire utilisé pour son édification fut trouvé sur place ou sur la colline de la Ramasse. Il s’agit d’une construction en appareil plus ou moins régulier avec des assises irrégulières. Actuellement, l’édifice a la forme d’un demi-cercle.

Les premières maisons proches du château sont construites sur les pentes de la colline du Puech Castel (actuelle rue Malbourguet), où il y avait un porche de défense, détruit en 1881. Ce porche était sans-doute une des portes de la première enceinte fortifiée de la ville, avant la construction de la grande enceinte, au milieu du XIIe siècle.

  • La porte Guilhem :

La porte d’entrée est un étroit passage en escalier pour les piétons jouxtant celui réservé aux cavaliers et aux bêtes. Voûtée en plein cintre, avec de grands voussoirs en tuf calcaire, elle mesure 2,05 m de large pour 2,40 m de haut.

Les remparts du château dont le crénelage a disparu en 1792 comptaient huit tours semi-circulaires (qui portaient arbitrairement le nom des seigneurs successifs), et quatre portes dont une est équipée d’une herse et d’une poterne. De nos jours, il existe encore trois tours de défense et sur les quatre portes, trois subsistent avec des petites parties de rempart qui reliait l’ensemble au château. La porte seigneuriale, voûtée en plein cintre, devait avoir environ 4 m de haut sur 2  m de large. Elle est située du côté de la ville, entre la première et la huitième tour.

  • La porte du Puech Castel :

Il s’agit de l’entrée principale (la poterne) qui donne sur les vignes. Située du côté nord des remparts entre la 5e et la 4e tour, elle mesurait 2.40 m de hauteur sur 2.10 m de large. Défendue par deux tours, cette porte est de style roman, elle est voûtée en plein cintre et est formée de grands voussoirs en tuf calcaire. C’est par cette porte que passaient, sur un pont-levis, les troupes du seigneur.

Le donjon communiquait avec le rempart nord et la porte poterne. Hors des remparts, côté nord, il y aurait eu des petites constructions dont il ne reste aucun vestige apparent. Celles-ci  auraient pu servir d’abris pour les guetteurs.

Le système défensif du château était composé de différentes tours. Elles avaient la même forme et la même hauteur à leur couronnement, à l’exception  de la tour Guilhem dite « le donjon » qui, en dépassant les 13 m de hauteur avec son couronnement,  surplombait toutes les autres. Entre la tour de la Brèche et celle de l’émeute, il reste la courtine, avec au centre la porte de Clermont.

  • La tour Guilhem

Il reste aujourd’hui un donjon qui est en réalité une simple tour de guet. Construite sur un socle carré, de 6.40 m de côté et de 4 m de hauteur, la tour renferme une pièce rectangulaire à chacun de ses deux étages. Avec son crénelage, elle ne devait pas dépasser 15 m de haut et était donc plus haute que les remparts. Ce donjon, construit sur le point le plus élevé du site, était proche du rempart et des fossés, il était donc plus facilement menacé. Il commandait une entrée primitive romane (murée aujourd’hui) qui était à 20 m des remparts du premier château. La construction de la tour Guilhem a consisté en un blocage de pierrailles noyées dans un mortier très dur de chaux et parsemé de pierres d’appareils de 0.15 m à 0.30 m. Les murs avaient une épaisseur de 1.50 m à 3 m.  La tour possède  deux fenêtres, une pour surveiller les environs de Gignac, l’autre pour surveiller la plaine de l’Hérault. Elle devait également posséder sa propre citerne pour être en totale autonomie en cas de siège.

À l’est du donjon, au sous-sol, s’ouvre une grande salle voûtée en plein cintre de 12 m sur 4 m qui devait servir d’entrepôt, de cave ou de cellier. C’est la salle de la légende de Margarita[1]. Au sud-est du donjon, la citerne était une belle salle voûtée en berceau de 7 m par 4 m, entre la tour de l’Emeute et le donjon. Au nord-ouest, contre le rempart en sous-sol, s’ouvre une autre salle voûtée en berceau de 15 m par 5 m  qui était un entrepôt ou un cellier. D’après une citation de 1325, on sait également qu’il y avait une chapelle et une prison qui ont disparus.

 

Après un certain nombre de périodes troublées, où le château servit d’abri à la population locale, il fut progressivement abandonné à partir du XVIIe siècle. Grâce à son fort état de délabrement, il échappa aux destructions systématiques du Cardinal de Richelieu. Et bien qu’il fût restauré entre 1965 et 1976  et que des travaux de consolidation furent engagés en 2004 et 2007, le château est aujourd’hui en état de ruine. Actuellement, il ne reste plus que quelques fortifications, deux salles voûtées et la tour Guilhem. Témoignage de l’histoire féodale locale, les vestiges de l’enceinte, ses tours ainsi que le « donjon » ont fait l’objet d’une inscription au titre des Monuments Historiques en 1927.

 

[1] : C’était à l’époque ou l’évêque de Lodève et le seigneur de Clermont se trouvaient plus que jamais à couteaux tirés. Le neveu de l’évêque, Raymond, amoureux de la fille du seigneur, Margarita, s’introduisit au château déguisé en troubadour pour lui conter fleurette. Un soir, rejoignant la jeune fille à sa fenêtre par escalade, il fut surpris et aussitôt dénoncé par un traître. Conduit au cachot, Margarita voulut alors subir le sort de son amant. Étroitement enchaînés l’un en face de l’autre, on retrouva cependant par la suite leurs cadavres enlacés.

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