Histoire 

 

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Eglise Saint-Paul, Office de Tourisme du Clermontais

Selon les moyens financiers de l’époque, l’église Saint-Paul fut construite en plusieurs étapes, du XIIIe jusqu’au XVIIIe siècle. C’est à la suite de la décision de réunir les paroisses de Saint Étienne de Rougas, de Gorjan et de Saint-Paul que la construction de l’église débuta en 1276. Avec l’essor du château des Guilhem, la réunion ou la suppression de certaines paroisses entraînèrent au début du XIVe siècle une réorganisation du culte religieux à Clermont. Cette nouvelle organisation prit place dans une nouvelle église plus vaste, située actuellement en centre-ville, mais qui était à l’origine hors des murs d’enceinte. C’est sûrement en raison de son implantation «  plus vulnérable » que l’église fut par la suite fortifiée. Bâtie sur les bases d’une église romane déjà dédiée à Saint-Paul, la nouvelle église est de style gothique méridional. Bien qu’elle ait été consacrée en 1331, les travaux se poursuivirent. La première campagne, de 1275 à 1331, voit la construction de l’abside, des absidioles et des trois premières travées de la nef, tandis que les trois autres travées sont ajoutées au courant du XIVe siècle. Puis, les travaux s’arrêtent vers 1331. On ne connaît pas la cause exacte de cette interruption. Peut-être pour des querelles qui opposaient le seigneur et les Clermontais au sujet des franchises communales. Alors que Saint-Paul est à l’arrêt, débute en 1321 la construction de l’église des dominicains (église soutenue par le seigneur). Une construction dont le but était manifestement de faire de l’ombre à Saint-Paul (église des Clermontois).  En 1388, les travaux de Saint-Paul reprennent avec l’édification de la quatrième travée et de la chapelle du purgatoire.

Dès le XIVe siècle, on commence à fortifier l’édifice. Au XIVe siècle, on se contente de murer les fenêtres basses et certaines portes et de rehausser quelques murs. L’abside est garnie de  mâchicoulis montés sur arcs et surmontés de créneaux. Ces éléments défensifs sont parfaitement intégrés dans les contreforts de l’abside. C’est également vers la fin du siècle qu’on édifie sur la façade ouest les deux tours pentagonales, percées d’archères, devant servir de tours de guet (avant la construction de la tour-clocher). Les travaux se poursuivent au XVe siècle et surtout au XVIe siècle, alors que les guerres de Religion déchiraient le royaume. Les deux tours  sont reliées entre elles au XVe siècle par une galerie posée sur des mâchicoulis à corbeaux. Elles étaient accessibles par un petit chemin de ronde. Au XVe siècle, l’entrée principale nord est protégée par l’impressionnante tour-clocher, semblable à un donjon, bâtie sur le porche du XIVe siècle. Cette tour commandait la porte principale ainsi que les deux murs de remparts qui reliaient l’église et la ville.

 

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Par Mattana, via Wikimedia Commons

L’église Saint-Paul est donc déjà bien fortifiée à l’approche des guerres de Religion, pourtant son système défensif se développe davantage. Aux premiers soubresauts des guerres religieuses, on bâtit treize murs de 50 centimètres d’épaisseur sur les voûtes et les arcs doubleaux de la nef et ses bas-côtés. Ces murs supportaient la charpente qui fut surélevée. Les murs de la nef et des chapelles latérales sont également rehaussés. L’élévation des murs (jusqu’à un mètre), composés d’archères et de créneaux, permit de créer une sorte de chemin de ronde. Certains de ces éléments sont toujours visibles, notamment à côté du clocher. La voûte extérieure de l’abside est transformée en plate-forme de défense. On installa sur celle-ci l’artillerie où des boulets de pierre y ont été retrouvés (boulets de pierre). Les fenêtres hautes de la nef, de l’abside et de la rosace sont en partie murées.

Lors des guerres de religion du XVIe, la ville connaît des troubles pendant une quarantaine d’années. Assiégée en 1575 par les calvinistes puis en 1584 par le duc de Montmorency, l’église reste pourtant intacte, preuve de l’efficacité de ses fortifications. Si le système défensif de l’église Saint-Paul est un modèle de réussite, il a cependant subi de nombreuses destructions et réparations. En 1593 et 1601, deux des piliers soutenant la voûte s’affaissent. Par la suite, ils sont consolidés et le pilier réparé en 1601 porte le nom des consuls de l’époque (Sabatier, Pélissier et Chinion). En 1705, c’est le clocher qui est restauré ainsi que d’autres parties de l’édifice car d’importantes lézardes étaient apparues. Au début du XIXe siècle, la stabilité de l’église est compromise, les murs et les piliers sud commencèrent à céder. L’église est alors fermée pour réparation et le culte est transféré à l’église des dominicains. Des travaux se succèdent en 1810, 1811 et 1829. En 1830, les murs rehaussés des chapelles nord et sud reviennent à leur niveau d’origine. Tandis que les fenêtres obturées et ses vitraux retrouvent la lumière.

En 1846, on consolide le mur méridional. En 1865, on fait à nouveau d’importantes réparations. C’est également à cette époque que certaines défenses sont démantelées et que certaines fenêtres murées sont ouvertes. Dès lors, l’église est régulièrement entretenue. En 1943, toutes les fortifications présentes sur les voûtes sont démolies car leur poids commençait à fragiliser l’édifice en créant un affaissement progressif. Ainsi, le XXe siècle voit plusieurs campagnes de restauration : de 1939 à 1946, de 1955 à 1960, en 1974, en 2000. Aujourd’hui, il ne reste qu’un pilier d’origine, au niveau de la chaire. Pour ce qui est de ses fortifications, il ne reste que les mâchicoulis, les tours, le clocher, les archères et des traces de boulets de canon qui sont visibles sur la façade nord. Malgré les diverses transformations, l’église Saint-Paul garde intact son aspect massif, caractéristique des églises gothiques dans le Sud de la France.

Description 

L’édifice est construit sur la base d’une ancienne église romane, citée en 1158 dont il reste des vestiges comme un oculus, deux chapiteaux, un tympan, un bénitier et une frise. L’église Saint-Paul est de plan basilical, elle mesure  48 m de long pour 20 m de large et possède un donjon de plus de 30 m de haut. Bâtie en gros appareil de grès et de tuf, on constate du remploi pour son édification, notamment pour son abside qui serait celle de l’ancienne église romane. Elle possède une nef centrale et deux bas-côtés ce qui est assez rare dans la région. En effet, ce plan à « trois nefs » était plutôt attribué aux églises du nord de la France. L’édifice est entièrement voûté en croisées d’ogives  qui sont supportées par 14 piliers cruciformes, tandis que les six travées sont divisées par des arcs brisés. On compte en tout douze chapelles, dix latérales (cinq de chaque côté) et une dans chaque absidiole.

L’élévation est de 19 m et possède deux étages : de grandes arcades au premier niveau et des fenêtres hautes au dernier. Avec son aspect fortifié, le style architectural s’inscrit largement dans un gothique méridional. Cependant un élément dénote, celui de la rosace en façade qui est plus caractéristique du gothique flamboyant.

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Rosace, Office de Tourisme du Clermontais

L’église Saint-Paul  possède un riche mobilier ainsi que de nombreuses œuvres d’art datant du XVIIe et du XVIIIe siècle. Parmi les objets les plus fameux, on trouve un maître-autel du XVIIIe classé Monument Historique, une statue de saint Roch du XVIIe, un bénitier roman et un orgue qui a été installé en 1835.

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Orgue, Office de Tourisme du Clermontais

On peut remarquer que l’église de Valmagne qui est pourtant une église cistercienne et donc volontairement austère, présente des similitudes avec Saint-Paul. Avec leurs plans à trois nefs et leurs tours en façade, elles ressemblent toutes les deux à des cathédrales du Gothique septentrional. En ce qui concerne Valmagne, on sait que des maîtres d’œuvre du nord de la France ont été appelés pour sa construction au XIIIe siècle.  Mais pour Clermont-l’Hérault, le mystère demeure. Défendue par deux tours et de beaux mâchicoulis montés sur corbeaux, la rose de la façade fait incontestablement la singularité de l’édifice.  Élément rare dans le gothique du sud de la France, cette rose rappelle le gothique flamboyant. Ses travaux commencèrent en 1427 pour s’achever en 1441. Réalisée par quatre architectes,  un manque de symétrie fait qu’elle n’est pas parfaitement située au centre de la façade. Construite avec du grès provenant du site de la Faïence, proche de Villeneuvette, son diamètre est de 8 m et elle se compose de 10 tonnes de pierre. Afin de la conserver, la rosace a été restaurée à plusieurs reprises, en 1850 puis de 1949 à 1953. Les vitraux actuels datent de 1951.

L’église, classée Monument Historique depuis la première liste de Mérimée en 1840, demeure un édifice incontournable dans la région.

Avec son plan à trois nefs, sa rose flamboyante et son allure massive, l’église Saint-Paul de Clermont-l’Hérault est un savant mélange entre le Gothique des cathédrales du nord et des cathédrales du sud de la France.

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