Histoire 

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Cathédrale Saint-Fulcran, Micola Luc/Pays Cœur d’Hérault

Les origines de la cathédrale de Lodève, primitivement  dédiée à Saint Géniès, remontent aux Ve et VIe siècles. Son édification a peut-être été établie sur un site gallo-romain. Cependant, des chapiteaux qui datent entre le Ve et le VIIe siècles, laissent supposer un chantier aux temps du royaume des Wisigoths. C’est au Xe siècle que l’évêque Saint-Fulcran construisit la cathédrale préromane. Consacrée le 9 octobre 975, ce dernier ne conserva qu’une partie de l’église précédente qui, renforcée, devient la crypte du nouvel édifice. Cette crypte conserva un temps sa dépouille. Malgré les aléas de l’histoire, elle existe toujours sous le chœur gothique. L’édifice actuel remplace l’église de saint Fulcran, dont il reste quelques assises, côté sud, et de nombreux chapiteaux, dans le cloître. Les travaux débutèrent au milieu du XIIIe siècle, par la construction du massif clocher, accolé à l’église de 975. La construction de l’abside débuta vers 1265-1270 puis s’ajoutèrent les deux travées orientales du bas-côté nord ainsi que le portail avec son porche. Par la suite, l’édification du chœur à vaisseau unique a lieu entre 1290 et 1318. Vers 1295-1300, le bas-côté nord est terminé et la construction du bas-côté sud avec ses chapelles est débutée.

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Cathédrale Saint-Fulcran, Micola Luc/Pays Cœur d’Hérault

Le clocher, de plus de 57 mètres de haut s’acheva vers 1320. A la base de ce dernier, une vaste chapelle dédiée à saint Michel fût aménagée. Au XIVe siècle, sous l’évêque Bernard Gui (1324-1331), la construction n’avança plus en raison de problèmes de financement. Vers 1345, les bas-côtés sont terminés et voûtés et la moitié inférieure de la façade ouest est érigée. La Peste noire et la Guerre de Cent Ans interrompirent de nouveau les travaux. Ce n’est qu’au XVe siècle que, la nef et ses chapelles latérales ainsi que le cloître, furent édifiés. Entre 1413 et 1430, la nef principale est voûtée et la façade occidentale est terminée avec la fortification d’un chemin de ronde et des échauguettes. Vers la fin du XVe siècle, la chapelle Saint-Fulcran est agrandie et un baptistère est ajouté au sud-ouest. C’est également à cette époque que le vocable de saint Fulcran supplante officiellement celui de saint Géniès, la ferveur populaire attribuant de nombreux miracles au défunt évêque.

Pendant les troubles religieux du XVIe siècle, la cathédrale ne fut pas épargnée. Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1573, les protestants pénétrèrent par surprise dans Lodève. Ils pillèrent et saccagèrent les édifices religieux de la ville. Ainsi, le palais épiscopal et l’abbaye Saint-Sauveur furent détruits et la cathédrale fut partiellement dévastée probablement afin d’en isoler le clocher qui, par ses 57 mètres de hauteur, servait de tour de guet. La dépouille de saint Fulcran, conservée depuis cinq siècles, fut également profanée, traînée dans les rues de Lodève avant d’être dépecée et jetée dans la Lergue. Des fidèles en sauvèrent quelques fragments qui sont encore vénérés aujourd’hui. En ce qui concerne la cathédrale, elle fut très sévèrement endommagée. La nef et les bas-côtés furent détruits, et le bâtiment fut transformé en citadelle. Il a fallu attendre le XVIIe siècle et l’épiscopat de Jean Plantait de la Pause (évêque de1625 à 1646) pour que de véritables travaux de reconstruction soient effectués. A cette époque, une véritable politique de restauration religieuse s’opérait dans le diocèse. Ainsi, le chantier de restauration de la cathédrale (entre 1634 et 1643) débuta avec un souci de restituer la nef à l’identique. Les travaux portèrent sur les piliers et les voûtes de la grande nef mais aussi sur le cloître. Au XVIIIe siècle, de riches aménagements voient le jour. La tribune et le grand orgue sont construits et le chœur est somptueusement aménagé par Monseigneur de Fumel. A la Révolution, le diocèse de Lodève est supprimé et la cathédrale est transformée en magasin à fourrages. Excepté son grand orgue, son mobilier est dévasté et l’édifice échappe de peu à la démolition. Toutefois, les premiers archiprêtres ont veillé à conserver un certain faste dans la décoration et l’acquisition de mobilier. Au XIXe siècle, Lodève connut la grande ferveur religieuse, notamment autour des cultes de la Vierge et de saint Fulcran. Ainsi, d’importants travaux de restauration et d’embellissement sont effectués. Les contreforts du chœur sont consolidés et la chapelle des reliques est construite. L’archiprêtre Beaupillier s’attacha à embellir l’intérieur de la cathédrale. C’est lui qui est à l’origine de la réouverture des baies du chœur (occultées depuis le XVIe siècle) et de la mise en place des superbes vitraux de Mauvemay en 1856. L’illustre reine Victoria a même participé à l’embellissement en offrant de magnifiques lustres. La grande chaire Néo-gothique, trois fois primée à l’Exposition Universelle de Paris, est installée dans l’édifice en 1867. Pendant le XXe siècle, d’autres grands travaux sont réalisés. Les abords de la cathédrale sont dégagés de ses « bâtiments parasites », la porte des Evêques qui était murée est rouverte, tandis que l’intérieur de l’église est débarrassé de ses enduits. Cette dernière opération a permis de révéler la superbe polychromie des matériaux utilisés dans la construction de la voûte du vaisseau principal,  à savoir les ogives de grès et les voûtains de tuf.

Description

La cathédrale est de plan basilical, elle mesure 61 m sur 48 m. Sa nef unique de 22 m de long, se divise en trois travées régulières qui s’ouvrent sur les collatéraux par de grandes arcades, tandis que ses chapelles latérales sont établies entre les contreforts. On note l’absence de triforium, ce qui est caractéristique du gothique languedocien. L’ensemble est entièrement couvert de voûtes d’ogives quadripartites.

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Intérieur de la cathédrale Saint-Fulcran, Micola Luc/Pays Cœur d’Hérault

En ce qui concerne le chœur, il est sans doute la partie la plus remarquable de l’édifice. Composé d’un unique vaisseau de deux travées irrégulières, il est flanqué de deux chapelles (celle du nord est dédiée à saint André et celle du sud à saint Joseph) qui ne communiquent pas entre elles. Il comprend une splendide abside polygonale à neuf pans qui mesure 28m de long. Haute de 12m, elle est éclairée par neuf lancettes qui rappellent le gothique flamboyant.

A l’intérieur, l’église Saint-Fulcran est ornée de nombreux culots, chapiteaux et gargouilles et possède de nombreuses sculptures. Ainsi le clocher se pare de quatre grandes statues en haut-relief qui représentent les saints vénérés du diocèse : saint Michel (archange), saint Geniès, saint Flour, saint Amans et saint Fulcran. Au pied du clocher, la chapelle Saint-Michel communique avec le bas-côté par une superbe arcade à 6 rouleaux qui constituent, avec les clefs de voûte du vaisseau central, l’une des plus belles décorations sculptées de l’édifice.Le petit cloitre flanque la cathédrale au sud-est. La galerie ouest est la plus intacte des parties qui subsistent. Elle s’ouvre sur la cour centrale au moyen de trois arceaux en anse de panier à pénétration directe et est épaulée par des contreforts droits, à glacis abattu. Les voûtes de la galerie sud ont été refaites en 1921. Seuls les contreforts extérieurs du XVIIe siècle subsistent et présentent de nombreux parements authentiques d’un modelé très doux. La galerie nord a disparu, sauf les deux travées ouest qui ont été annexées à l’église et fermées. Ce cloître était affecté à des sépultures : celles des chanoines, des bénéficiers et parfois à des familles aisées. De nos jours, il abrite un musée lapidaire et permet d’accéder à l’ancienne salle capitulaire qui a conservé ses chapiteaux médiévaux.

En ce qui concerne la façade occidentale, elle est fortifiée par deux tours qui portent des échauguettes encorbellées, reliées par une galerie à mâchicoulis qui communique avec le chemin de ronde de la nef. Au centre, on trouve une splendide rosace en ailes de moulin, de 7 mètres de diamètre. À la base, on retrouve la porte des Évêques construite au XVe siècle. Cette façade s’inscrit dans le style régional illustré par la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers et l’église Saint-Paul de Clermont-l’Hérault. L’entrée principale (sur le flanc nord de l’édifice) est encastrée sous un porche, dont les retombées se font sur des culots sculptés. Le superbe portail à trumeau, à voussures et colonnettes a été restauré au XVIIe siècle. Le tympan du portail date de 1898 et s’inscrit dans le Néo-gothique. Il représente le Christ foulant le Dragon, entouré des saints Fulcran, Amans, Flour et Georges.

La cathédrale Saint-Fulcran de Lodève avec  son plan à nef unique et ses colossales dimensions, fait incontestablement partie des plus beaux édifices du Gothique Méridional. Ainsi, l’édifice a été classé au titre des Monuments Historiques depuis la première liste de Mérimée en 1840.L’ornement le plus célèbre de la cathédrale reste le buffet d’orgue polychrome de Jean-François L’Epine et sa tribune de pierre qui datent de 1752 à 1754. La partie instrumentale de l’orgue a été reconstruite par Puget en 1881-1882. Le buffet de style Louis XV est un chef d’œuvre d’équilibre et d’ornementation. La forme d’ensemble évoque un V. Il se compose au positif de trois tourelles en mitre dont celle du centre comporte deux anges musiciens. Le grand corps comprend six tourelles séparées par cinq plates-faces. Deux atlantes supportent les tourelles latérales, dominées par des statues de David et de sainte Cécile. Tandis que les tourelles médianes portent de grands pots de fleurs et reposent sur des culots ornés de deux têtes d’anges. La partie centrale, remaniée au XIXe siècle, est décorée de deux statues d’évêques et d’une croix. Le buffet, restauré en 1975, est classé Monument Historique en 1840, alors que l’orgue n’a été classé qu’en 1998. Caractéristique du style rocaille, il fait partie des plus beaux du Midi, avec ceux d’Albi, de Narbonne et de Montpellier.

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