La formation des Grottes

Les régions où se forment les grottes ne sont pas réparties au hasard. Bien au contraire, elles dépendent étroitement de la nature du sol et donc de la géologie. Leur formation est un processus très long qui repose essentiellement sur l’infiltration. En fait, les eaux de pluie ou de fonte des neiges (acides riches en minéraux) vont réussir à pénétrer les failles existantes des roches ou les attaquer superficiellement. Ce phénomène est appelé corrosion.  Les grottes ne peuvent pas se former partout. La grande majorité des cavernes se trouve dans des roches calcaires qui sont particulièrement présentent dans l’hexagone. En revanche, les roches granitiques, métamorphiques ou volcaniques sont exemptes de grotte. Ainsi, les plateaux tabulaires calcaires plissés ou karstifiés sont surtout situés au centre et sur le pourtour du Massif Central (dans les grands Causses, les Causses de Quercy et du Périgord, l’Ardèche et les garrigues du bas Languedoc), au nord et tout le long de la chaîne pyrénéenne, à l’ouest des Alpes, sur le plateau du Jura et du Vaucluse, sans oublier les plans provençaux.

Au fil des années, l’eau va dissoudre et attaquer la roche, la fragiliser et l’user jusqu’à l’apparition d’une grande zone de vide. L’eau sculpte la grotte dans le calcaire et évacue les débris vers l’extérieur. Elle créé la grotte et assure son bon maintien mais elle également responsable de son décor naturel. Une grotte est avant tout un univers cristallin où les concrétions qui se forment peuvent revêtir divers aspects. Cependant, leur nature minéralogique se révèle presque toujours la même.               Il s’agit principalement de carbonate de calcium qui a été cristallisé. Les géologues distinguent deux systèmes de cristallisation, c’est-à-dire deux géométries possibles des cristaux. Ainsi, quand le cristal est un solide à six faces formant un losange égal, c’est la calcite. Mais quand la composition chimique identique se cristallise dans un système orthorhombique et que le cristal se présente sous la forme d’un prisme droit dont la base est un losange, c’est l’aragonite. La calcite et l’aragonite ne sont pas les seules concrétions souterraines. On y rencontre aussi des sulfates et en particulier le gypse, qui se présente comme une délicate et soyeuse chevelure en dentelles entrelacées ou en amas d’aiguilles très fragiles. Actuellement, la science des minéraux souterrains est loin de tout connaitre. On dénombre plus de deux cents minéraux différents dans les cavernes. Cependant, la variété des formes est encore plus grande.

On distingue grosso modo trois grands types de formes :

  • La stalactite :

Pour sa création, il faut que la solution de bicarbonate de calcium vienne s’écouler, goutte à goutte, au bout d’une étroite fissure. Sa taille sera conditionnée par la grosseur de la goutte. La cristallisation se réalise autour de cette goutte, où un léger tube apparait et le cristal grossit au fur et à mesure que l’eau s’écoule. La goutte coule ensuite à l’intérieur de l’anneau cristallin qu’elle a formé. Il se développera ainsi une stalactite tubulaire, aussi appelée « fistuleuse » ou « macaroni ».

  • La stalagmite :

Elle croît à partir du sol, construite par l’eau tombant de la stalactite ou du plafond. Lorsqu’une stalactite rejoint la stalagmite née au-dessous d’elle, on obtient une colonne.

  • Les stalactites excentriques :

Cette appellation s’explique  en raison de formes pour le moins fantaisistes. Pour l’instant, aucune théorie cohérente n’a encore été avancée à ce jour pour expliquer ces formations qui défient toutes les lois de l’apesanteur. Ce qui est certain, c’est que lorsque les forces de la pesanteur, de capillarité et de cristallisation sont équivalentes, la direction du concrétionnement est aléatoire. Du coup, les excentriques croissent dans toutes les directions de l’espace.

  • Les microgours :

Ce sont des concrétions qui se forment à partir des écoulements de parois qui constituent des films d’eau chargés de sel s’écoulant en nappe. Elles sont en quelque sorte des espèces de rides entrecroisées, composant de petites cuvettes dont la forme diffère suivant l’inclinaison de la paroi et la dynamique de l’eau.

Parmi les autres formes classiques que l’on rencontre dans les cavernes, on peut citer les draperies, les dents de scie ou les rideaux. Ces dernières années, les spéléologues ont découverts des « perles de cavernes » dont la formation laisse également perplexe. Parfois cubiques, elles sont rarement parfaites et les intermédiaires sont légion.

Les domaines souterrains ont donc des origines diverses. Chaque massif karstique est un monde à part, caractérisé par un ensemble de facteurs géologiques, topographiques, géographiques, et climatiques. Ainsi les grottes ont toutes des dimensions, des formes, une structure, un âge qui varient en fonction des différentes combinaisons de ces facteurs. Le patrimoine souterrain de la France se situe parmi les plus riches d’Europe dont quelques cavités font parties des plus belles de notre planète.

 La Grotte de Clamouse

La source et la grotte de Clamouse doivent leur nom au terme  languedocien « clamousa » (clameuse ou hurleuse), en raison du bruit de l’eau de la rivière souterraine lors des crues. Cependant, le terme de clamouse peut également provenir d’une légende locale. Celle-ci rapporte qu’un jeune berger du Causse avait pris pour habitude de faire parvenir à sa pauvre mère une brebis de son troupeau en précipitant celle-ci dans un abîme du Causse d’où l’eau souterraine la transportait jusqu’à la résurgence en contrebas. Hélas, un jour, c’est le corps de son fils que la mère y trouva. Folle de douleur, elle aurait erré longtemps aux abords de la grotte en poussant des clameurs désespérées. Ce type de légende est, à quelques variations près, très fréquent dans toutes les régions calcaires où il existe des circulations d’eaux souterraines. Ceci confirme que les habitants de ces régions ont eu très tôt conscience de la relation directe qui existait entre les résurgences des vallées, les gouffres et les points d’infiltration des eaux sur les plateaux et montagnes environnants.

Histoire 

La grotte de Clamouse a été découverte durant l’été 1945 par une équipe du Spéléo-Club de Montpellier (Durand de Girard, Félix, Vila, Froment, Bellot, Guédot, sous la conduite de Maurice Laurès). Sa longueur totale est d’environ 4 km dont près d’1 km est aménagé pour la visite touristique, depuis 1965. Elle a été aménagée pour le public en 1964 par une équipe de spéléologues qui continue à la gérer. L’histoire de la formation de la grotte n’a pas encore été estimée de manière exacte. La spéléologie étant une jeune discipline, les scientifiques sont encore loin de découvrir tous ses secrets. Cependant, les trois systèmes de galeries superposées de Clamouse peuvent s’expliquer   par l’histoire géologique de la région. Il y a environ 5,5 millions d’années, l’Hérault s’est enfoncé dans son lit à cause de l’abaissement du niveau de la mer Méditerranée. La grotte s’est lentement formée dans le karst dolomitique, grâce à l’action de l’eau qui s’infiltrait dans les fractures de la roche, tout en usant chimiquement, par l’effet de corrosion ces anfractuosités. C’est de cette manière que se sont formés plusieurs niveaux de galeries qui  correspondent à l’abaissement du lit de la rivière Hérault.

A commencer par le  niveau supérieur qui contient des fossiles. Ce sont des vastes salles, abondamment décorées par de grands massifs de concrétions, notamment de fines et étincelantes cristallisations blanches de calcite et d’aragonite. Le niveau intermédiaire, encore parfois inondé en période de crue, est constitué par un complexe de galeries creusées par corrosion dans la roche dolomitique. Il présente des parois découpées en « dentelles de pierre ». Cet ensemble est appelé le « labyrinthe », zone dans laquelle se perdaient les premiers explorateurs. Le niveau inférieur est, quant-à-lui, noyé  en permanence par la circulation de l’eau de la rivière souterraine, active dans la Clamouse et dont le niveau varie en fonction des précipitations.

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Grotte de Clamouse, Piquart_Benoit_Office de Tourisme Intercommunal de Saint-Guilhem-le-désert_Vallée de l’Hérault

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Piquart_Benoit_Office de Tourisme Intercommunal de Saint-Guilhem-le-désert_Vallée de l’Hérault

Ainsi, les salles de la grotte peuvent dater pour les plus jeunes, comme dans  la salle nommée le couloir blanc, de -126 000 ans avant notre ère.  Puis les autres salles peuvent aller jusqu’à un million voir jusqu’à trois millions d’années avant notre ère. En outre, il ne faut pas perdre de vue que la Grotte est une grotte vivante. Elle est donc toujours en cours de creusement par la rivière souterraine qui est alimentée par les infiltrations d’eau de pluie et de neige, sur la chaîne de la Seranne et la partie sud du Causse du Larzac. Par conséquent, des espèces peuvent y habiter. Pendant la visite de la grotte, la présence de deux aquariums possédant des animaux cavernicoles y font allusion. Un détient une série de poissons, les Astyanax fasciatus mexicanus et l’autre, une famille de salamandres nommée les proteus anguineus. Ce genre d’espèces peut très bien vivre indéfiniment dans la grotte de Clamouse. Cependant, les êtres humains peuvent aussi y résider temporairement.

Ainsi, lors du passage de l’an 2000, le spéléologue Michel Siffre a fêté le changement de siècle en accueillant l’expérience « Hors du temps ». Il est resté quatre mois dans la grotte sans aucun indice temporel afin de mieux observer son cycle évolutif.

Dans le but de conserver durablement les richesses de la grotte, Clamouse s’est engagée à respecter l’environnement. Sa principale mission est de préserver ce patrimoine naturel tout en conciliant une  présentation à un large public en limitant au maximum les impacts des actions humaines sur l’environnement. C’est dans cette optique qu’un vaste chantier de remplacement du parc d’éclairage de la grotte par des matériaux LED (diode électroluminescente) s’est achevé en début 2010. Clamouse est de ce fait la première grotte touristique en Europe intégralement équipée en LED. Cette technologie permet une baisse de la consommation d’énergie  et d’émission de chaleur (nocive aux concrétions). Elle limitera également les conditions d’un processus de photosynthèse et le développement de micro-végétations.

Description 

 

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Grotte de Clamouse, Martin Philippe

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Piquart Benoit_Office de Tourisme Intercommunal Saint-Guilhem-le-Désert/Vallée de l’Hérault

La Grotte de Clamouse est située sur la paroi ouest des gorges de l’Hérault, sur la commune de Saint-Jean-de-Fos, au pied de la Séranne et à 35 kilomètres de Montpellier. L’accès à la Grotte est à quelques centaines de mètres en amont du Pont du Diable. Percé dans le calcaire des causses par une rivière souterraine, le réseau karstique de la Clamouse comprend, au niveau supérieur, des cavités sèches où foisonnent les concrétions. C’est cette partie qui est de nos jours visitable. Sur 950 mètres de long pour 134 mètres de profondeur (au grand maximum), les cristallisations blanches de calcite et d’aragonite assurent sa renommée internationale. En effet, outre les concrétions classiques de stalactites et stalagmites, la grotte de Clamouse possède un exceptionnel éventail de formations cristallines. Des milliers de stalactites et de stalagmites biscornues ont des formes souvent invraisemblables. Des quantités infinies de stalactites cristallines et filiformes, d’un blanc immaculé, descendent du plafond en revêtant des formes de « macaronis » ou de « fistules » (dont les plus grandes peuvent atteindre quatre mètres). Les stalactites excentriques foisonnent et les galeries de la grotte s’ornent de planchers stalagmitiques[1] accompagnés d’impressionnants piliers et colonnes. Au-dessus, des « draperies » se forment par l’écoulement lent d’une fine couche d’eau sur les piliers. On peut également y admirer de grandes coulées massives de calcites colorées en rouge qui s’étagent sur plus de dix mètres de haut. L’aragonite y est aussi particulièrement développée et forme de véritables « fleurs de pierre ».                   De plus, les cristaux de calcite et d’aragonite sont souvent associés, ce qui fait de Clamouse, un véritable écrin. Découverte depuis plus de cinquante ans, la grotte de Clamouse, malgré l’extrême fragilité de ses cristallisations, a conservé une intégrité extraordinaire. Une protection qu’elle doit notamment à son siphon naturel ainsi qu’à l’action constante des spéléologues locaux. Ainsi, on peut s’introduire dans l’un des réseaux souterrains les plus étendus du sud du Massif Central.  Son exceptionnelle richesse en concrétions d’aragonite et de calcite en fait une cavité parmi les plus visitées de France. Classée en 2005 « site scientifique et pittoresque » par le Ministère de l’Ecologie et du développement durable. Le site a également obtenu en 2010, le label des Grands Sites de France.

1 : Les planchers stalagmitiques se forment à partir d’une mince pellicule d’eau qui s’écoule lentement sur les surfaces, formant une nappe qui en s’évaporant dépose des lamines de calcite.

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