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Histoire

Le site sur lequel est construit le prieuré a vu se succéder plusieurs civilisations. On y trouve ainsi des mégalithes du Néolithique (-3000 à -5000 avant notre ère), des vestiges gallo-romains (un autel dédié à Jupiter a été retrouvé) ainsi que des tombes wisigothiques du Ve et du VIIe siècle après J.-C.

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Prieuré Saint-Michel-de-Grandmont, Nais-Taussac, 04/05/2012

On ne connaît pas exactement les circonstances de sa fondation. Le prieuré n’apparaît dans les textes qu’à la fin du XIIe siècle (en 1189). Néanmoins, il semblerait qu’une chapelle dédiée à saint Michel se trouvait déjà sur ce site avant l’arrivée des religieux, d’où le nom donnée au prieuré. La présence d’une pierre de dédicace du début du XIIe siècle, érigée en l’honneur d’une église dédiée à saint Michel, semble également le confirmer.

Le principal bienfaiteur de cette fondation est l’évêque de Lodève, Guillaume de Cazouls, qui offrit aux religieux, à la fin du XIIe siècle, les revenus de l’église de Saint-Vincent-de-Mazon ainsi qu’un vaste bois autour du prieuré (bois dit « de Grandmont »). À sa mort en 1259, Guillaume est inhumé dans l’église de Grandmont, au pied de l’autel.

Malgré la règle de pauvreté imposée par l’ordre, les moines de Grandmont possèdent un patrimoine assez important. Mais au cours des siècles, la fondation connaît un déclin inéluctable. À la suite de différentes crises financières, disciplinaires, d’usurpation de propriété et de troubles liés aux guerres, le recrutement des moines chute progressivement. Au début du XVIIIe siècle, ils ne sont plus que deux. Vers le milieu du XVIIIe, les moines, qui avaient sans doute de grosses difficultés financières, sont contraints de vendre une partie des droits du prieuré. Celui-ci décline totalement à la fin du siècle, il est alors évacué et abandonné par les moines et l’ordre de Grandmont s’éteint.

À la Révolution, le prieuré est déclaré bien national. Vendu aux enchères en 1791, il est acquis par un négociant lodévois, M. Galibert pour 30 500 livres. En 1849, il est racheté par Étienne Vitalis, qui aménage le prieuré en ferme viticole. Les étages des ailes est et sud sont aménagés en appartement et l’église transformée en cave à vin. En 1957, Grandmont est racheté par les Bec, famille d’entrepreneurs de travaux publics de la région. Au début des années 1980, l’ensemble des bâtiments du prieuré est classé Monument Historique. Grâce à la famille Bec et au Service des Monuments Historiques, le prieuré est réhabilité (restauration de l’église et du cloître et réfection des toitures). Ouvert au public, il est désormais un lieu de manifestations culturelles.

L’Ordre de Grandmont

L’Ordre de Grandmont est un ordre monastique catholique originaire du Limousin fondé vers 1076 et dissous en 1772. Dans l’Hérault, on trouve deux prieurés grandmontains : Notre-Dame-de-Montaubérou à Montpellier et Saint-Michel-de-Grandmont.

Cet ordre fut créé par saint Étienne de Muret (1048-1124) ; il était parmi les plus sévères et les plus populaires de l’Occident médiéval. En effet, il prônait un renouveau de la vie érémitique. Son idéal était la pauvreté, et les moines avaient une vie très proche de celle des paysans. L’expansion de cette doctrine a été rapide, d’autant plus que son action charitable lui valut aussitôt la protection des souverains Plantagenêt, Capétiens et Aragonais, ainsi que l’affection du peuple des campagnes. Dans ses règles, l’ordre est l’un des plus austères du Moyen-âge. Il n’y a pas de hiérarchie en son sein, pas d’archives non plus. On observe un jeûne régulier et on ne mange jamais de viande. Se chauffer est interdit, les moines doivent marcher pieds nus et observent un perpétuel silence. Les règles étaient très restrictives en matière de propriété. Ainsi, on ne pouvait posséder que les revenus et le bétail strictement nécessaires ; le droit d’ester en justice leur était refusé. La règle assurait aux frères clercs la tranquillité du recueillement en donnant aux convers l’autorité temporelle, ce qui provoqua d’ailleurs un grand nombre de conflits. Elle imposait une solitude rigoureuse aux moines qui s’installaient souvent dans des lieux isolés, le plus souvent en petits groupes de six à douze personnes. Ainsi, l’ordre de Grandmont était paradoxalement une communauté d’ermites.

L’ordre se développa surtout dans la France du centre et du sud-ouest où quelque soixante établissements furent fondés au cours du XIIe siècle. Il y en avait plus de cent soixante à la fin du XIIIe siècle, dont trois en Angleterre et deux en Espagne.

Cependant, cette rapide expansion a été brisée à deux reprises (1185-1188, et 1214-1220) par les révoltes des convers. Au XIIIe siècle, les papes sont alors intervenus afin d’apaiser des querelles qui étaient dues aux insuffisances de la règle en matière de gouvernement. L’ordre est en partie réformé, provoquant un alignement progressif sur les grandes familles monastiques. Au XVIIe siècle avec l’appui de Richelieu et de Vincent de Paul, un regain de vitalité se manifeste dans quelques monastères. D’ailleurs, les Grandmontains ont pu sauvegarder leur indépendance tandis que les autres groupements érémitiques étaient peu à peu absorbés par les grands ordres monastiques. C’est sans doute à cause de l’austérité de sa Règle, mais aussi de l’insuffisance de ses structures que l’ordre de Grandmont n’a jamais connu le rayonnement des ordres cisterciens ou chartreux. En 1772, la commission des Réguliers supprima ce qui restait de cette étroite observance. Cela entraîna vite la dispersion totale de la centaine de religieux qui subsistaient. Et les sites grandmontains furent vendus à la Révolution.

Saint Étienne de Muret

On connaît assez mal la vie de ce personnage (1046-1124) qui mourut sans laisser de traces écrites. On dit que pendant quarante-six ans il aurait été ermite à Muret, près d’Ambazac, vivant dans des conditions d’une austérité extrême. Ainsi, il se nourrissait de bouillie de seigle et d’eau, portait une cuirasse à même la peau, se servait des mêmes vêtements toute l’année et dormait dans une fosse creusée dans la terre. Il recevait un grand nombre de visiteurs. Ses disciples se retirèrent à Grandmont, près de Saint-Sylvestre (Haute-Vienne). Au milieu du XIIe siècle, Hugues de Lacerta réunit les Pensées du saint et son disciple Étienne de Liciac composa la Règle de l’ordre.

Description

L’ensemble de Soumont est un des prieurés grandmontains les mieux conservés. Autour de son petit cloître carré on trouve encore les bâtiments conventuels (salle d’hôtes, cuisine, réfectoire, salle des travaux, salle capitulaire, le couloir des morts, l’ancien accès au cimetière à partir du cloître) ainsi que l’église.

Pour comprendre l’architecture grandmontaine, il convient de se référer à la Règle de saint Étienne.

La salle d’accueil fait partie d’une aile gothique datant du XIIIe siècle.

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Plan du prieuré, source internet

On peut d’ailleurs y apercevoir des croisées d’ogives sur culots ainsi qu’une cheminée et de larges fenêtres. Ces ouvertures datent du XXe siècle et sont sûrement venues remplacer d’autres fenêtres de taille plus modeste. L’entrée était au fond de la salle, mais elle fut murée au XIVe siècle, lors de la construction de l’escalier extérieur menant à l’ancienne hostellerie des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. L’accueil des pèlerins s’effectuait dans cette salle, les laïcs ne pénétrant pas au cœur du bâtiment. À partir de cette pièce, on peut ensuite pénétrer dans le cloître.

Il s’agit du seul cloître grandmontain complet qui nous soit parvenu. Construit totalement en pierre, il est à l’image de l’ordre grandmontain : d’une austérité et d’une simplicité absolue. Le cloître a été construit après l’église, dans le courant du XIIIe siècle. De belles arcades (de dimensions variables) ouvrent sur son intérieur. Ces arcs géminés en plein cintre reposent alternativement sur des piliers rectangulaires et sur de courtes colonnettes jumelées, surmontées de chapiteaux à large tailloir commun. Ces chapiteaux sont à l’image de l’ordre. D’une facture simple voire rustique, ils sont le plus souvent ornés de motifs végétaux.

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Vue sur le cloître, source internet

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Vue sur le cloître, Martin Philippe

De ce cloître, on peut apercevoir le clocher octogonal, construit sur une tour carrée qui a été bâtie sur un mur de l’église. Ce clocher évoque un campanile byzantin. Au fond, un escalier donnait accès au dortoir des moines.

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Vue sur le clocher octogonal, source internet

 

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Vue sur la salle capitulaire, source internet

Du cloître, on peut ensuite entrer dans la salle capitulaire. C’est dans cette salle que se retrouvaient régulièrement les moines pour la lecture du chapitre, ainsi que pour les réunions importantes. Cette salle était autrefois composée de deux pièces séparées par un mur, dont on peut encore voir la trace sur la voûte. Il s’agit de la pièce la plus ornementée des bâtiments conventuels. En effet, une imposante voûte en croisées d’ogives toriques part du sol. Éclairée au levant par deux fenêtres étroites à fort ébrasement intérieur, son ouverture sur le cloître se présente sous un grand arc de décharge dans lequel s’ouvrent trois arcades en plein cintre. Les chapiteaux romans sont de forme cubique et présentent une grande pureté de ligne.

L’église est le premier bâtiment qui fut bâti à la fin du XIIe siècle, dans un style roman tardif. De forme rectangulaire, elle est composée d’une seule nef et construite dans un appareil de grès. La nef s’ouvre à l’est sur une abside semi-circulaire, profonde, claire et sensiblement plus large qu’elle. Voûtée en cul-de-four, l’abside est abondamment éclairée par trois hautes fenêtres à fort ébrasement, alors que la nef est simplement éclairée par l’unique baie haute de la façade occidentale

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Nef de l’église du prieuré Saint-Michel-de-Grandmont, source internet

Ce triplet est une spécificité des églises grandmontaines. Grâce au contraste de luminosité, cela permet  de créer un climat spirituel particulièrement propice au recueillement. On note que l’église ne possède pas de sacristie. C’est par souci de pauvreté que les églises grandmontaines n’en avaient pas, seules quatre niches creusées dans le mur de l’abside en font office. On remarque également que les murs de l’édifice n’ont ni pilier ni arc, ni même de fenêtre latérale. Cette absence totale de décor traduit bien les aspirations architecturales de l’ordre de Grandmont qui sont la sobriété et le dépouillement. L’église est couverte d’une voûte appareillée, en berceau continu légèrement brisé, et dépourvue de doubleaux. Ce système se nomme la vouta plana et est caractéristique des églises grandmontaines. Sa naissance est simplement soulignée par un cordon mouluré en quart-de-rond. On peut observer, dans le mur nord, des trous qui ont été percés au XIXe siècle quand l’église fut transformée en cave à vin. Au pied de son chevet, le long des bâtiments, une fouille archéologique a permis de mettre au jour, outre un système de drainage et d’assainissement, plusieurs sépultures : deux tombes wisigothiques ainsi que des tombes de moines.

En contournant le prieuré par le sud, on accède au cimetière des moines, établi comme il était d’usage au chevet de l’église. C’est sûrement de ce cimetière que l’on a la plus belle approche du prieuré et de l’art grandmontain. La simplicité des lignes, la robustesse des formes et la perfection de l’appareil de grès sont autant d’éléments qui magnifient le site.

Classé au titre des Monuments Historiques en 1981, l’ensemble du prieuré Saint-Michel-de-Grandmont demeure le seul exemple, conservé dans son intégralité, d’un monastère grandmontain. Cette singularité fait qu’il constitue une pièce remarquable dans le patrimoine architectural régional comme national.

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Vue sur le cimetière des moines, source internet.

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